| L'aventure du Penon |
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Le projet gigantesque de la construction d’une station balnéaire à Seignosse est né au milieu du siècle dernier. Seignosse comptait 500 habitants, 70 fermes, plusieurs centaines de têtes de bétail et presque autant de résiniers, de chasseurs, de pêcheurs … que de pins sur le bourg. Quant aux routes vers l’océan, elles ne menaient qu’à l’actuel rond-point du Penon ou au fond du Lac. Le reste du chemin pour les amateurs de mer, était bien un chemin. Premier exemple d’une volonté locale, mais aussi départementale et nationale, d’aménager la côte Landaise, puis Aquitaine, pour y développer le tourisme, Seignosse le Penon fut suivi par d’autres projets. Certains apparaissent aujourd’hui plus heureux que d’autres. Mais l’enjeu était de taille. Ainsi que le déclarera Valéry Giscard d’Estaing, quelques années plus tard, « l’Aquitaine ne (pouvait) rester à l’écart du progrès…Mais, instruite des excès commis ailleurs… (pouvait) concevoir pour elle-même un développement harmonieux et plus équilibré ».
Chronologie des faitsTrouver les archives complètes de ce projet titanesque est bien difficile et demanderait une recherche de plusieurs mois, que le sujet, au nom de l’histoire et du patrimoine de Seignosse, mérite. Pour notre magazine, voici une première étude, plus modeste. D’après la note de présentation générale éditée en 1970 par la SATEL*, « Cette entreprise hardie, unique en France, est due à l’esprit d’initiative du Conseil Général des Landes, qui a décidé de promouvoir vigoureusement l’expansion touristique du deuxième département français par sa superficie. » L’ « entreprise hardie » consistait en la réalisation d’une station balnéaire, dont la capacité d’accueil atteindrait 22 000 personnes, à 2 km au nord du Lac d’Hossegor et dont le point de départ serait la plage de Seignosse le Penon. En vérité, il s’agissait de la plus grande opération touristique concertée jamais conçue en France, en site vierge. Mais revenons en arrière. D’après une étude réalisée en 1973 par la Jeune Chambre Economique des Landes sur Seignosse le Penon, tout commence avec la Compagnie Générale d’Aménagement des Landes de Gascogne, initiée par le Préfet du moment, Maurice Grimiaud*. Nous sommes vraisemblablement dans les années 1950 et au plan national, les instances réfléchissent tant aux modalités de reconstruction d’après guerre qu’à la promotion de loisirs et d’un tourisme accessibles au plus grand nombre. Ce qui débouchera, au début des années 60, sur une première Mission interministérielle, prépondérante pour ce qui nous concerne, sous la houlette de Philippe Saint Marc. Le premier conseil d’administration de la CGA réunit les Présidents du Conseil Général, de la Chambre de Commerce et de la Chambre d’Agriculture. A son programme, des actions de mise en valeur agricole, mais aussi, déjà, de développement du tourisme. Bien que peu convergents, ces deux pôles d’intérêt, surtout celui concernant le tourisme, permettent aux responsables d’attirer l’attention d’organismes financiers, dont la Caisse des Dépôts et Consignations (qui avait déjà entrepris une politique foncière, tant en Languedoc qu’en Aquitaine avec l’achat de terrain côtiers. A Moliets, par exemple). Ces premiers liens avec des partenaires économiques permettent la construction de deux villages de vacances, les fameux V.V.F., un à Capbreton et l’autre à Seignosse (aux Estagnots). Ces partenaires historiques restent dans la course lorsque le premier président du Comité Départemental du Tourisme, Jean Hirigoyen (voir encadré), envisage la création de la SATEL, dont il prend en main les destinées. Les actionnaires de cette société d’économie mixte. sont le Conseil Général, à 51%, la Caisse des Dépôts et Consignations, la Société Centrale pour l’Équipement du Territoire, le Crédit Hôtelier, la Chambre de Commerce et la Chambre d’Agriculture. La SATEL voit donc le jour en 1962. Plutôt que de s’éparpiller, la société veut concentrer ses premiers efforts sur un point déterminé. Tous les maires des communes côtières sont rencontrés. Seuls Omer Maisonnave, de Seignosse et monsieur Destouesse, de Moliets, se montrent intéressés. Omer Maisonnave a le dernier mot : le premier « bébé » de la SATEL sera Seignosse le Penon. Toujours d’après l’étude la Jeune Chambre Economique, et malgré un contexte devenu difficile (le gouvernement ré-orientant ses efforts sur l’aménagement du Languedoc Roussillon), la SATEL procède alors aux rachats des terrains devant accueillir les premières opérations. Achats effectués à l’amiable sur une superficie de 120 hectares (3 francs le m², y compris les arbres). D’autres sources parlent de 200 hectares pour cette première tranche. Dès mars 1963, Jean Marty (voir encadré), est désigné architecte en chef du projet. Les acquisitions foncières auprès des particuliers sont bien engagées et la commune procède à la distraction du régime forestier pour les surfaces la concernant. En 1964, un programme est présenté aux élus par la SATEL et Jean Marty. Jacques Maziol, Ministre de la Construction, vient en personne se rendre compte du projet, dans le cadre d’une visite officielle dans les Landes, en novembre de la même année. Visite sans laquelle Seignosse n’aurait peut-être pas l’avenue des Tucs (voir encadré - témoignage de Jean Gellibert). « A cette époque, précise Bernard Verdier, ingénieur à la SATEL de 1974 à 1998, aujourd’hui retraité, l’aménagement prévu était linéaire et parallèle à la côte. Il allait des Bourdaines actuelles aux Casernes. Il comprenait un centre d’habitation à forte densité (30 à 40 logements à l’hectare), plusieurs groupes d’habitations individuelles à faible densité (8 à 10 habitants par hectare), une zone sud réservée au tourisme social près du VVF existant (celui des Estagnots), deux centres hôteliers, un restaurant panoramique, et une piscine publique. » Le projet est un peu remanié, suite aux observations des Eaux et Forêts, et la construction de bassins d’eau de mer est envisagée. Toujours en 64, le conseil municipal charge la SATEL de réaliser l’opération par voie de concession. Le Conseil Général garantit l’emprunt sollicité auprès de la C.D.C., d’un montant de 4 millions de francs. « Les premiers travaux ont démarré dans la foulée, se souvient Bernard Verdier : la liaison avec le CD 79 et la grande voie nord-sud, et la viabilisation du premier lotissement, soit quelques 11 hectares. Sans oublier la place de Castille et les commerces qui la bordent. » 1965 : la SATEL encaisse ses premières recettes, « 541 200 francs précise Bernard Verdier. Mais le rythme des ventes se ressentait d’un manque de moyens disponibles pour la publicité de l’opération. Finalement, cette relative lenteur ne fut-elle pas un gage de qualité ? » En fin d’année, la Société civile immobilière de la C.D.C. (S.C.I.C.) prend des options pour les opérations collectives à réaliser. Pour Bernard Verdier, bien qu’arrivé après cette époque, en 1975, « les difficultés de financement provenaient aussi de ce que les équipements « primaires », les voies d’accès ou l’alimentation moyenne tension, étaient pris en charge intégralement dans le bilan de l’opération. Alors que pour les projets en Languedoc Roussillon, ces équipements étaient pris en charge par la collectivité. ». 1966, la SATEL réalise, pour le compte de la commune, le camping-gîte des Casernes, plus tard géré par les V.V.F., aujourd’hui Camping des Oyats. De plus ; le chantier d’un Village Vacances Tourisme, de 1 800 lits est lancé. Il s’agit de notre actuel V.V.F. des Tuquets. La construction du premier plan d’eau est décidé, la S.C.I.C. lance l’étude de 47 logements, la SOFRA, promoteur et constructeur, lance un programme de 51 pavillons en bande et le promoteur Pippi fait une réservation pour 119 logements. « Quelques années plus tard, se rappelle Bernard Verdier, la société Merlin, seul promoteur national va acquérir une quantité relativement importante de droits à bâtir. Elle réalisera trois ensembles. Mais cela représentera seulement 20 % de la capacité de la station. » 1967, c’est le début de la réalisation du centre commercial du Penon, qui n’existerait pas si sa place d’accueil ne s’appelait pas Victor Gentile (voir entretien avec Jean Gellibert) et du night club l’Escargot. En 1970, la note de la SATEL citée en introduction fait état de la situation suivante : 550 logements sont terminés et 200 autres sont en cours de construction ; Côté loisirs, le premier plan d’eau artificiel de 5 500 m², alimenté en eau de mer, est livré, ainsi que 4 tennis avec club-house, un night club et un café-pub (l’Escargot), plus un cinéma ; Le centre commercial, comprenant une supérette et une douzaine de commerces, est réalisé ; L’ensemble hôtelier V.V.T. de 1 800 lits, avec restaurant panoramique entame sa 2ème saison et un camping de 1ère catégorie offre une capacité complémentaire. « Si l’on ajoute à ce potentiel de logements, les installations des gîtes de V.V.F. et des lotissements communaux limitrophes de la zone en cours d’aménagement par la SATEL, c’est prés de 8 000 estivants qui pourront séjourner à Seignosse le Penon dès la saison 1970. (note de la SATEL – début 1970) » Le deuxième plan d’eau, qui porte la surface de baignade des bassins d’eau de mer à 1 hectare ! est livré en 1971, ainsi que le système définitif des installations de pompage et de rejet au large. « Estacade à l’esthétique discutable, sourit Bernard Verdier, mais qui était capable, à l’époque, de pomper 7 000 m3 d’eau en six heures, trois heures avant et trois heures après la marée haute. Quant aux pompes d’exhaure, elles pouvaient vider un bassin en moins de quatre heures. » Ces bassins d’eau de mer, les plus grands d’Europe, seront dès le début l’argument majeur de la station. Fin du 1er acte, début du second. « A ce stade, Seignosse le Penon, n’est ni une Zone d’Aménagement Concertée, ni un lotissement, ni une zone d’habitation, ou plus exactement n’était, explique Bernard Verdier. Ces procédures d’urbanisation ont été inventées bien plus tard, et quelquefois, le Penon a servi de modèle. Le plan de masse dessiné par Marty en 1963 comportait une multitude de précisions : les espaces publics, le zonage, le volume constructible, l’implantation des bâtiments, les côtes de seuils, la hauteur des bâtiments, des prescriptions architecturales très précises. Ce projet réalisé point par point a pris une valeur juridique totale, puisqu’il a été intégré au P.O.S. de la commune. » Entre alors en jeu l’un des successeurs du ministre Saint Marc à la Mission interministériel : Emile J. Biasini. « Dès 1970, lors d’une visite officielle à Capbreton, il a déclaré « Seignosse le Penon est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire »., se remémore Bernard Verdier. Le Conseil Général était ravi ! Pour provocatrice qu’était cette sortie, elle correspondait à une philosophie de l’aménagement dont Biasini allait être le héraut, basée sur la profonde réflexion et les leçons tirées de ce qui avait été fait dans le Sud Est, surtout dans le Languedoc. Seignosse avait le tort de déjà exister. Car les motivations de tous au début du projet du Penon n’étaient pas si éloignées des grands principes de monsieur Biasini et de sa MIACA. (mission interministérielle d’aménagement de la côte Aquitaine). » On peut d’ailleurs le vérifier dans les différents entretiens donnés par Jean Marty ou les responsables de la SATEL dans les années 60. La deuxième tranche de la station balnéaire, qui devait poursuivre l’aménagement, parallèlement à la côte, sur 2 km supplémentaires du Penon aux Casernes, est rangé aux archives, classé sans suite. Qu’on s’en réjouisse ou non, ce changement d’orientation aura plusieurs effets : le centre commercial du Penon et le Forum ne seront jamais le centre géographique de la station ; la grande avenue Chambrelent, et tous les cheminements qui vont avec, se terminent, au nord, en queue de poisson, et l’un des derniers lots réalisés, l’Agréou, se retrouve totalement excentré ; Ce qui contribue finalement, peut-être, à sa quiétude. « Le Penon est déséquilibré parce que la MIACA de Biasini a dit non au projet initial, admet Bernard Verdier. Il a conservé la capacité prévue, 22 000 lits, mais a dévié la poursuite de l’extension vers l’est. Je crois qu’il a eu raison, mais du coup, le Penon n’est plus au centre de la station. » Jean Gellibert, secrétaire général de la commune de 1952 à 1990 :« L’architecte Aubert, mandaté par Biasini a refait tous les plans, considérant que ce qui était prévu était bon à jeter. Pour eux le plan directeur qui partait vers les Casernes, ne convenait pas. Nous avons tout de même pu négocier certaines choses. Le développement s’est interrompu, puis a redémarré vers l’est. » Echaudé par ce qui s’était passé en Languedoc Roussillon et le non respect catastrophique de la nature, l’équipe du Ministre Biasini se fixa de nouvelles contraintes : protection rigoureuse de l’environnement, aménagement en profondeur et non plus parallèle à la côte, greffe de développements nouveaux sur les urbanisations existantes, planification rigoureuses du P.O.S. et du S.D.A.U., établissement d’une politique foncière (pré Z.A.D.) et affectation de moyens financiers importants. Les constructions se sont alors poursuivies le long des avenues repartant vers le bourg, perpendiculairement à la côte. Dans le rapport de présentation du P.L.U. (2004), le géomètre expert mentionne : « dans le but de préserver le site et la forêt, les infrastructures utilisant beaucoup de places (aires de stationnement et installations sportives) ont été établies dans la lette. Les zones d’habitat de forte densité occupent la forêt de protection. L’habitat individuel s’intègre à la forêt de chênes et de pins. En périphérie, dilués dans la forêt, de vastes emprises sont consacrées à des formes d’hébergement plus légères. » De même, chacun peut constater le confort visuel, esthétique et matériel de la double voie de circulation autour de laquelle s’est construite la première tranche de la station. Le poste « espaces verts » a toujours accompagné, voire précédé l’avancement des travaux du Penon. C’est indéniable. La seule fausse note quant à l’intégration des constructions dans le paysage « naturel », artificiellement construit par l’homme depuis le 18ème siècle, sont les grands ensembles qui bordent la place Victor Gentile au nord, au sud et à l’ouest, le long de l’avenue de la Grande Plage. C’est l’aspect « station de ski » de Seignosse. « L’explication de ces immeubles est simple, explique Bernard Verdier. Depuis le début, la consigne était : la station ne doit pas coûter un sou à la Ville. Mais n’oublions pas, aussi, qu’on ne fait pas un centre ville avec des villas ! Ou alors c’est Los Angeles. Alors, on a amorti le programme avec ces gros collectifs. Et cela promettait une taxe d’habitation intéressante pour la commune » Mais le respect d’un cahier des charges précis quant aux matériaux et aux couleurs, atténue tout de même les désagréments de l’habitat « concentrationnaire ». Les immeubles ont une unité qui identifie le centre du Penon. Et le reste de l’habitat est formidablement dissimulé dans la forêt de protection, immédiate, ou celle plus éloignée et fournie. Alors, la SATEL, la Mission Saint Marc, l’architecte Marty avaient-ils besoin de ces leçons ou de ce procès-là ? L’histoire ne le dira pas. Jusqu’aux années 80, les programmes immobiliers ont continué de s’appliquer et les bénéfices de se faire. Si bien que Maurice Ravailhe, successeur d’Omer Maisonnave et maire depuis 1959, eut à décider de la ré-utilisation de ces moyens : ce sera une salle de spectacle. « Auparavant, précise Jean Gellibert, les bénéfices qui revenaient à la commune avaient déjà profité à son équipement. Le hall des sports, la Poste, la nouvelle école, et j’en passe, ont pu être envisagés grâce aux fonds dégagés. » D’après Bernard Verdier, le programme de la salle eut du mal à apparaître, dès le début. Prémonitoire ? « Deux écoles s’opposaient. L’une pour une salle de sports, polyvalente, l’autre pour un équipement davantage culturel. L’architecte s’arrachait parfois les cheveux, quand les orientations changeaient d’une réunion à l’autre. » Ce que semble corroborer la découverte de nombreux plans différents de la salle des Bourdaines, dans les archives municipales. Finalement, en juin 1988, nous aurons une salle hybride, de 1 800 places, à la fois de spectacle et pouvant, à l’origine, accueillir des matchs de tennis ou de basket, une compétition de boxe ou la projection de film… Même si certains équipements des cintres gênent le faisceau entre la cabine et la scène ! Mais l’acoustique est fantastique. Le dernier gros équipement mis en route sera le golf. Les partenaires principaux seront la Lyonnaise des Eaux et sa succursale, Golf Espace (rassemblant également Havas Tourisme, le Crédit Agricole et le Crédit Lyonnais) qui bénéficieront d’une concession de 30 ans. L’architecte du parcours sera Robert von Hagge, Texan illustre dans sa spécialité, assisté de Pierre Thévenin. Quant au programme immobilier d’accompagnement, il sera pris en charge par le promoteur local Interconstruction. Le golf sera livré en 1989, la même année que la station d’épuration du Penon. Il a été depuis revendu. Mais c’est une autre histoire. En 1995, le Conservatoire du Littoral rachètera 54 hectares à la C.D.C., acquis en 1960 et devant servir à la fin de la station. La loi littorale tirera ainsi un trait définitif sur le projet initial, après le coup d’arrêt de la MIACA des années 1970.
Le déclinSeignosse peut apparaître aujourd’hui comme une station inachevée et vieillissante. Les grands parkings des plages du Penon ou des Bourdaines, sont dépourvus de tout aménagement d’agrément, les espaces publics sont parfois détournés de leur vocation. Le pont marchand a brûlé en 1995, une galerie fermée a été reconstruite à la place et condamne l’accès naturel prévu vers la plage du Penon. Le forum, haut lieu de promenade, d’artisanat et de vie dans les années 1970, est extrêmement dégradé, refermé sur lui même, bien loin de l’espace accueillant qu’il représentait. A cet endroit, la station semble tourner le dos à l’océan. L’accès à la plage centrale démarre au pied d’un skate parc peu amène, entouré de murs aveugles -l’arrière du forum- maculés de graffitis, entre 2 lots de containers à ordures. Seul le parc aquatique, achevé en juin 1999 pour remplacer les bassins d’eau de mer, eux aussi dégradés et vétustes, redonne un peu de coquetterie à l’ensemble ; Ou bien les nouveaux locaux de l’Office de Tourisme livrés en 1997 ; Ou encore la nouvelle piste cyclable est-ouest, inaugurée en 2004. Pour Jean Gellibert, le déclin date du moment où la SATEL s’est désengagée de l’entretien de la station : « Le relais n’a pas toujours été pris par les privés ; l’héritage pas toujours bien préparé. » Ce que confirme Bernard Verdier : « Jean a raison. Tant que nous avons été présents, c’est à dire jusque dans les années 80, nous nous sommes occupés de beaucoup de choses : les animations , les bassins d’eaux de mer, l’entretien des espaces verts.… Et puis après, c’est dur à dire, mais beaucoup de choses ont été livrées à elles-mêmes. La commune ne s’est pas appropriée la station. Comme par manque d’intérêt. » Manque d’intérêt, les mots sont lâchés, et nous ramènent au début de l’histoire. Certes, en fin des années 1950 Seignosse et son maire Omer Maisonnave ont davantage voulu une station balnéaire que Moliets, jusque-là pressentie pour le premier projet. Mais plusieurs témoins de l’époque livrent sans cesse ce constat : les deux maires concernés n’ont jamais voulu mettre 1 franc dans le projet. Ils étaient partants, « accompagnants », mais il ne fallait pas que ça coûte à la ville. Nombre des problèmes actuels découlent sûrement de cette attitude, que nous qualifierons de prudente, faute de mieux, faute de pouvoir entendre ce que Maurice Ravailhe et Omer Maisonnave pourraient en dire. Laissons malgré tout le mot de la fin à Jean Gellibert : « Pour moi, la commune reste l’artisan du projet. Elle a voulu la SATEL ici. Il y avait une opportunité chez nous. La SATEL n’avait pas de terrains. Nous si ! Seignosse a vraiment voulu sa station balnéaire. » Seignosse tout entier a tout à gagner à faire sien cet ensemble surgi de terre dans les années 60, a rénover ce qui doit l’être. La fin des années 90 a vu le Penon sortir un peu de sa torpeur, grâce au nouveau bâtiment de l’Office de Tourisme, enfin digne d’une station balnéaire de ce calibre, grâce au parc aquatique, réponse discutée mais concrète au problème des bassins d’eaux de mer dépérissant. Manifestement, le skate parc et la galerie marchande n’ont pas été des initiatives aussi heureuses. Mais le dialogue est renoué et il semble que tous les acteurs concernés, par la rénovation du Forum surtout, soient conscients du problème et de l’urgence de la situation. Si le cœur décentré (mais n’est-ce pas normal après tout pour un cœur ?) de Seignosse le Penon est sauvé… tout peut prendre enfin sa vraie dimension.
Infos en vracCette opération s’est déroulée sur 27 ans et a généré, uniquement dans le B.T.P. plus d’une centaine d’emplois. L’ensemble « côtier » du Penon, le premier acte, s’est déroulé en deux phases de maîtrise d’ouvrage départementale (15 000 lits sur un peu plus de 150 hectares). Il s’est achevé en 1972. Le second acte, après 1970, vers l’est, fut une opération sous maîtrise communale et a produit 5 000 lits sur prés de 60 hectares. Les compte-rendus de fin d’opération ont été transmis au Conseil Général en 1995. Pour la commune, l’achèvement du projet date plutôt de 2001. Trois stations d’épuration successives ont été construites, au fur et à mesure de l’avancement du projet. L’énergie électrique a été acheminée. 73 hectares d’espaces libres, voiries et espaces verts ont été crées. 205 500 m² de plancher ont été construits. 15 courts de tennis et un club house ont vu le jour, ainsi que les plus grands bassins d’eau de mer d’Europe. En 1973, la J.C.E. écrivait «la S.A.T.E.L. ne construit pas. Elle équipe les terrains et crée des infrastructures. Et elle n’a reçu aucune subvention extraordinaire. C’est à tort que l’on a pu dire que Seignosse coûtait cher aux contribuables. L’Etat a bénéficié de la T.V.A. D’autre part, par le jeu des impôts dits locaux, la station rapporte à la commune et au département : 170 000 francs en 1971, le double en 73, le triple en 74. » Bien entendu, la commune a du supporter de nombreux frais supplémentaires, d’entretien ou d’éclairage. La SATEL a été installée au Penon jusqu’en 1988, puis elle a migré à Port d’Albret. En 1960, la commune employait moins de 10 agents communaux, entre le personnel des écoles, le personnel technique et le personnel administratif. Au début des années 2000, on en comptait plus de 80, permanents.
Le premier président de la SATELJean Hirigoyen, fils d’une grande famille de banquiers, puissant industriel, être cultivé et curieux, grand voyageur, mu par la volonté des bâtisseurs et des visionnaires. Premier président de la SATEL, il a pensé, dès 1960, que l’urbanisation inéluctable de note côte devait être organisée et réfléchie, qu’il fallait éviter de dilapider, sans ordre, le littoral landais en parcelles de 1 000 m². Pour garantir le souci de l’intérêt public, il a favorisé la mise en place de la société d’aménagement, sous contrôle du Conseil Général. En cela, mais aussi par son extrême attention au respect du milieu naturel landais, Jean Hirigoyen est bien le digne héritier des fondateurs de la station voisine d’Hossegor, pour lesquels « aménagement » ne pouvait aller sans « protection » de la nature landaise : mer, lacs, forêt (Société des amis du lac d’Hossegor, fondée en 1909 par Maurice Martin, Société immobilière artistique d’Hossegor, fondée par Aimée Meunier et Alfred Eluère, maire d’Hossegor de 1935 à 1972, Société des hôtels et bains de mer – 1927..).
Le premier architecte du « Penon »(D’après la note de synthèse réalisée par l’Office de Tourisme) Jean Marty, major du concours de l’Institut d’Urbanisme en 1957, choisi par le Ministre de la construction et de l’urbanisme pour réaliser des études d’aménagement de la côte Aquitaine, désigné pour dessiner la station balnéaire du Penon, premier projet de la SATEL. Extrait d’une interview, réalisée juste après la construction du VVF (VVT à l’époque) des Tuquets (1963 ? 1968 ?). Le plan du Penon « Le problème a été très difficile à prendre parce qu’il était entièrement nouveau.(…) Il a fallu pour Seignosse, analyser le site, analyser les besoins et partir de création imaginaire. (…) Nous avons essayé de déduire du site même les principales règles, aussi bien de composition du plan, que du motif architectural. En création de plan nous avons hésité longtemps entre deux grandes orientations, qui étaient de créer à Seignosse soit une station perpendiculaire à la côte, soit une station parallèle. (…) nous avons finalement opté pour une solution qui stratégiquement est parallèle à la côte et, tactiquement, perpendiculaire. (…) L’ensemble de l’opération utilise les modelés du sol qui sont parallèles à la côte, une succession de dunes dont la végétation varie depuis le gauchet jusqu’à la belle forêt, en passant par tous les stades intermédiaires, dont de grandes dunes, de grandes ondulations. (…) qui ont permis de localiser une série de mode d’habitats étagés en profondeur et pour lesquels nous avons choisi une densité décroissante au fur et à mesure que nous nous éloignons de la mer et nous enfonçons dans la forêt. (…) Pour les raisons de modelés (…) mais aussi pour des raisons de transport. Nous avons pensé qu’il fallait créer une station dans laquelle les habitants puissent, à partir de chez eux, aller à la mer à pieds et même… pieds nus. D’où la nécessité de ne pas éloigner exagérément les habitants de la plage, pour ne pas les inciter à prendre systématiquement leur voiture pour aller se baigner. Ensuite, pour éviter que nous n’aboutissions à une sorte de grand cordon ininterrompu et monotone, nous avons fractionné ce grand élément d’axe nord-sud en 3 éléments plus petits, qui eux sont orientés perpendiculairement à la côte, dont tous les axes de déplacements piétonniers sont perpendiculaires à la côte. (…) Et aux points de croisements de ces deux cheminements, nous avons localisé les centres d’équipement et d’animations. » Le style du Penon« Nous avons adopté des positions de base extrêmement simples. La première a été d’utiliser le plus largement possible les matériaux traditionnels ; la tuile, la terre cuite, le bois et ensuite la grosse maçonnerie. C’est une servitude assez lourde, néanmoins cela permet de créer un lien très important entre tous les bâtiments. Indépendamment des choix de matériau il y a un choix d’état d’esprit. Je crois que ce qui caractérise l’architecture landaise, beaucoup plus que des formes ou des matériaux encore, c’est un état d’esprit de charpentier. C’est un pays de charpentiers. Nous avons le privilège d’avoir dans la région de grands charpentiers, des compagnons du Tour de France, des gens assez étonnants qui font des choses très belles et qui comprennent magnifiquement ce que l’architecte veut obtenir d’eux. Et bien à Seignosse, nous avons travaillé dans un état d’esprit de charpentier, beaucoup plus que de maçon. Alors que par exemple, en Languedoc Roussillon, on sent un état d’esprit de maçon. » L’animation du Penon« Dans la mesure où nous sommes aux prises avec de nouveaux phénomènes de vie urbanisée, dont nous n’avons pas du tout la maîtrise, nous faisons des découvertes tous les jours qui sont souvent en contradiction totale avec les hypothèses d’école que nous avions pu faire au départ, en particulier celle qui concerne l’animation. (…) C’est un problème très difficile et je ne crois pas que l’on puisse le résoudre par des concentrations d’habitants. (…) Je crois qu’un des facteurs que l’on devra utiliser et exploiter au maximum sera, non pas la concentration en un point, mais la dispersion au sein des tissus de la station de pôles d’animation, d’origines et de caractères différents. Je pense par exemple au pavillon central d’un camping, au club d’un village hôtelier ou d’un petit centre commercial (…) pas seulement réservés aux seuls vacanciers de cette unité, mais ouverts très largement aux vacanciers des autres unités (…) On pourra peut-être créer un courant qui aura un véritable intérêt. Mais quant à penser qu’on puisse avoir dans le centre d’une station, même le jour où Seignosse aura 15 000 ou 20 000 habitants, quelque chose de vraiment animé, je ne dis pas non, je dis même peut-être, je dis même sûrement. Mais ce ne sera pas grâce aux 20 000 habitants de Seignosse. Ce sera parce que Seignosse sera un cadre agréable, accueillant et attractif, pour 150 000 habitants de toute la grande région Hossegor Capbreton. »
Le témoignage de Jean GellibertDepuis son poste de Secrétaire Général de commune (1952 – 1990), Jean Gellibert a tout accompagné de cette édification du Penon. « On peut dater le départ de l’aventure à 1953. A l’époque, Seignosse comptait donc 500 habitants, et une colonie de vacances. Le maire en place, Omer Maisonnave voulait que la commune se développe. D’abord on a réalisé un lotissement, modeste en taille, au fond du lac d’Hossegor. Puis, le lotissement des Estagnots, et ceux du Fourneuf, 1, 2, 3 et 4. Parallèlement, des lotissement se sont aussi faits au bourg. Sept logements ont été construits, puis l’école, puis le lotissement du bourg 2, inauguré par le Ministre Chauchoy, en 1956. Puis la Poste a été construite, etc. Parallèlement, toujours, on s’est dit : on va essayer de développer davantage la côte, l’aspect balnéaire. Nous avons rencontré M. Richard, des Villages Vacances, M. Tissot, président de la Caisse des Dépôts, responsable des V.V.. Nous avons mis sur pied un premier projet : le Village Vacances des Estagnots. On n’y croyait pas trop. Mais si ! Les touristes étaient au rendez-vous. Alors ils ont voulu agrandir. On leur a fourni des terrains par bail emphytéotique et ils ont réalisé la deuxième tranche du Village des Estagnots. C’est alors qu’est intervenue la première mission d’aménagement, celle de Monsieur Saint Marc. La SATEL s’est mise en place et nous avons demandé à ce que Seignosse soit leur première réalisation. Nous nous sommes battus pour ça. Le projet de Moliets était prévu avant le nôtre. » « Pour la première phase, la commune a cédé la lette et d’autres terrains. Mais le cœur du Penon appartenait à la famille Gentile et à ses descendants. Nous avons eu des réunions avec eux, la SATEL et le Président Hirigoyen. La fille de monsieur Gentile n’était pas très chaude pour céder les terrains, elle y était attachée. Alors, après moult discussions, je lui ai dit « On va prendre un engagement. On va donner le nom de votre père à la première place qui sera construite au Penon. » Ca lui a plu. Et la famille a accepté de vendre les premiers terrains du centre du Penon. C’était parti ! Les Villages Vacances ont alors envisagé la construction d’un Village Vacances Tourisme, le fleuron de la chaîne. En plus de cet établissement haut de gamme, le VVF des Tuquets aujourd’hui, nous avons lancé la réalisation du camping du VVF des Estagnots. Cela correspond à la période de transition entre Omer Maisonnave et Maurice Ravailhe, qui restera Maire de 1959 à 1995. Ce sera aussi le moment de la sortie de terre de toutes les résidences devant les Tuquets : Les Gemelles, etc. » « La route des Tucs, l’avenue Tucs dous brocs, a une histoire marrante. Nous avions fait construire une piste forestière dans le cadre de la protection contre les incendies. On l’avait faite légèrement engraver. Pour la visite du Ministre Maziol, en 1964, je me suis arrangé pour que le cortège parte de la mairie et emprunte la piste forestière. Un dossier avait été préalablement déposé pour le goudronnement. A l’arrivée du cortège au village vacances., tous les véhicules étaient blancs. On a dit au Ministre : on voudrait un accès direct à la zone balnéaire, etc. Et la route des Tucs s’est faite sur la piste forestière. » « Avant qu’elles ne soient achevées, la 652 et la RD 79 étaient des chemins ruraux et vicinaux. La route vers le Penon et les Casernes, celles des étangs dépendaient de la commune. Nous nous sommes arrangés pour que le conseil général classe ces routes en départementales, afin d’en céder l’entretien. » « Seignosse a accueilli le Tour de France 2 fois. Merlin avait acheté des terrains à la SATEL. Monsieur Marty, l’architecte, avait déjà fait des chantiers pour lui en Vendée. Pour faire de la promotion, ils se sont dit : on va faire venir le Tour. On a demandé des barrières partout. Tous les gens de la commune ont été « recrutés ». On avait mis des fleurs partout. Une des entreprises qui construisait le V.V. nous a prêté ses cantines, etc. Et le Tour est passé, en 1977**. Et cela a eu de grosses répercussions. C’était une opportunité grâce à Merlin, mais aussi par la volonté de la mairie. Deux ans après, le Tour est repassé, juste pour un circuit de 2 voltes dans l’étape. Hinault avait gagnée l’arrivée de cette étape. A l’époque aussi. Merlin sponsorisait Les Pastous. Ils ont fait grâce à ça des tournées internationales. »
*L’autre Préfet marquant pour le Penon sera monsieur Burgala. ** la 4ème étape Vitoria – Seignosse (256 km), du 64ème tour de France, a été remportée par Régis Delépine, en 7 h 35’ et 49’’. Au classement général, après cette étape, c’est Diétrich Thurau qui est en tête devant Eddy Mercks. Ce tour marque l’apogée de Bernard Thèvenet et le déclin de Mercks.
Dossier réalisé avec l’aide précieuse de Jean et Janine Gellibert, Bernard Verdier, Régine Eyrehabide et l’Office de Tourisme de Seignosse, Denise Escarnot, Sylviane Cornille, Hector Suscosse, Henri Fayet et la SATEL.
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